samedi, juillet 29, 2006

" Halim" Quand un Grand incarne un autre Grand

Pour l’ultime rôle de sa vie Ahmed Zaki nous a offert l’une de ses meilleures compositions, l’un des rôles les plus aboutis, les plus admirablement joués. Une pyramide du cinéma vient de disparaître. Vive le cinéma !





Ahmed Zaki restera à jamais l’un des grands acteurs arabes et internationaux. Véritable emblème de la nouvelle vague égyptienne, il a réussi à ébranler la notion de héros à la Humphrey Bogart, offrant ainsi au public égyptien un héros bien de chez lui. Avec les ténors de la nouvelle vague égyptienne notamment Mohamed Khan "L’épouse d’un homme important" (88) - "Les rêves de Hind et Camélia" (88) et Atef El-Tayeb "Contre le gouvernement" (92) – "L’amour au pied des Pyramides" (84) "Le berger et les femmes" de Ali Badrakhan (91). La filmographie d’Ahmed Zaki compte une soixantaine de long-métrages avec des choix pointus. Même lorsqu’il avait joué dans des films populaires voire populistes notamment "Kaboria" de Khairi Bishara ou encore "Istakoza" de Ines El Deghidi.
Mais Ahmed Zaki était un transformiste né. Un caméléon. Déjà très jeune lorsqu’il avait admirablement incarné le personnage de l’écrivain Taha Hussein dans le feuilleton "Al Ayam" il portait la graine d’une grande. Presque vingt ans après Avec "Nasser 55", il campe avec brio le personnage de Gamal Abdel Nasser puis avec "Les jours de Sadat" (2001) il incarne avec une justesse déroutante le personnage d’Anouar Al Sadate. Ahmed se réincarnait presque dans chacun des personnages qu’il jouait
Mais le rôle d’Abdelhalim Hafez dans "Halim" était pour Ahmed Zaki le rôle de toute une vie. Probablement parce que sa vie avait beaucoup de similitudes avec le rossignol brun : deux garnements du peuple, venus de la région d’Ez-Zagazig, un no man’s land de l’Egypte "inutile" frappée par la misère et le dénuement, propulsés aux devant de la scène.
Abdelhalim Hafez et Ahmed Zaki étaient identiques dans la vie et furent terrassés par une maladie incurable après une longue souffrance. Ce qui fait de "Halim" un film prémonitoire et qui l’inscrira à jamais dans l’histoire du cinéma
Mais au-delà de la performance d’Ahmed Zaki et de son fils Haitam qui n’a nullement démérité, surtout si l’on sait qu’il s’agit là de sa toute première apparition au cinéma, que garde-t-on de Halim ? Un film décousu où la vie d’Abdelhalim Hafez a été à peine effleurée. Un scénario plat, signé Mahfouz Abderrahmane, fonctionnant par bloc à partir de la technique de flash-back. Nous avons suivi l’arrivée du rossignol brun au Caire, ses relations tourmentées avec le compositeur Mohamed Abdelwahab et la diva Oum Kaltoum, ses déboires amoureuses avec Souad Houssni et la rencontre de sa vie avec une aristocrate du nom de Jihane sans pouvoir assouvir notre soif. L’importance fut donnée, par contre, au côté patriotique de la vie de Abdelhalim Hafez notamment ses prises de positions durant la guerre d’octobre. Résultat des courses au lieu que "Halim" soit un film sur Abdelhalim Hafez il s’est transformé en un plaidoyer quasi chauvin sur l’Egypte de l’époque revue et embellie à travers les chansons patriotique de ce grand chanteur. Toute l’expérience de Sharif Arafa (il faut avouer qu’il y avait un effort au niveau de la mise en scène notamment au niveau des mouvements de la caméra) et toute la précaution et la recherche d’Ahmed Zaki n’ont pas suffi pour nous offrir un grand film, digne d’une grande figure de la chanson arabe.
La performance d’Ahmed Zaki a été si grande qu’on ne voyait que. Qu’on n’attendait que lui. Sa performance était même plus grande que lui film lui-même.
Et si Ahmed Zaki a réussi à jouer avec brio Abdelhalim Hafez qui réussira un jour à jouer son personnage pour l’immortaliser à jamais. Difficile à dire car cet acteur fut une exception. Une sorte d’étoile filante qui passe une seule fois pour ne plus renaître !!!